Recap jour 1 conférence CAWM 2025 | SIRIUSMEDx

Recap jour 1 conférence CAWM 2025

8 conférences

CAWM 2025 – Récapitulatif du Jour 1

Conférence annuelle de la Canadian Association of Wilderness Medicine  (CAWM),  Canmore, Alberta

Marc Gosselin MD, Directeur médical SIRIUSMEDx 

Chaque automne, la Canadian Association of Wilderness Medicine (CAWM) rassemble des experts canadiens et internationaux pour discuter des avancées en médecine en régions isolées et milieux austères. Cette rencontre annuelle est une occasion privilégiée pour échanger sur les défis cliniques, logistiques et humains rencontrés dans nos environnements extrêmes.

J’y participe chaque année et cette année on se retrouve à Canmore, Alberta. J'y suis en compagnie de Julie Kennedy, directrice de la formation chez SIRIUSMEDx et je prends le temps d'écrire ce résumé pour digérer  tout ce que j'ai entendu et pour vous partager les  points saillants. Rien ne remplace la participation directe — en présence ou virtuelle — à cette conférence, mais je souhaite que ces notes nourrissent vos réflexions et ajoute à votre bagage de connaissances.

Voici un sommaire des conférences de la journée  et quelques un de mes coup de cœur : 

  • Dr Gordon Giesbrecht :  pour son approche profondément pratique et life saving sur l’évacuation d’un véhicule submergé, offrant des stratégies simples et applicables immédiatement, qui sauvent des vies.
  • Dr Alex Poole : pour son immense contribution à l’amélioration des soins des engelures au Canada, qui continue de transformer nos pratiques et d’inspirer les cliniciens de première ligne.
  • Dr Neal Pollock : pour sa capacité unique à vulgariser des sujets physiologiques complexes, en les rendant non seulement compréhensibles, mais applicables sur le terrain.
  • Dr Steve Roy : pour son art d’élever la réflexion stratégique tout en restant clair, précis et centré sur des actions applicables par les secouristes et formateurs.
  • Dr Laura Beatty : enfin, pour ses présentations accessibles, impeccablement préparées et documentées, qui transmettent un savoir solide avec une pédagogie exemplaire.


1. Cold, Coordinated, and in Command: Relational Coordination, Dynamic Teams, and Logistics in Extreme Environments

Melissa Bouwsema & Tegan Fletcher

Cette présentation a mis en lumière la différence entre une équipe « ad hoc » et une équipe véritablement coordonnée en environnement extrême. En contexte isolé, ce n’est pas seulement la compétence clinique qui détermine le succès, mais la capacité du groupe à se coordonner rapidement, à anticiper les échecs, et à communiquer avec clarté.

Les conférencières ont illustré comment la préparation, la culture d’équipe et le leadership dynamique peuvent transformer un incident chaotique en réponse efficace. Elles ont souligné que l’efficacité repose sur des routines explicites, des points d’ancrage cognitifs partagés, et une reconnaissance constante des efforts de chacun.

  • Key Takeaways pour instructeurs et simulations SIRIUSMEDx
    • Briefing 5 étapes en préparation pour une intervention de secours ou médicale (à standardiser en simulation) :
      • Intros : qui est qui.
      • Ce qu’on sait : résumé factuel de la situation.
      • Ce qu’on attend (Plan A + B/C) : clarifier objectifs immédiats et alternatives.
      • Rôles : distribution explicite des tâches.
      • Inquiétudes/Suggestions : ouvrir la parole à chacun avant de démarrer.
  • Leadership dynamique
    • Le lead circule selon la phase : sécurité → extrication → voies aériennes → logistique.
    • 👉 Former à passer le relais au plus compétent, plutôt qu’à garder une hiérarchie fixe.
  • Culture & confiance = gestes techniques
    • Féliciter les bons gestes.
    • Inviter explicitement chaque avis.
    • Corriger sans humilier.
      👉 Ces micro-actions influencent la cohésion autant que les gestes médicaux.
  • Ad hoc ≠ improvisé

​ Avec une équipe inconnue :​

    • Standardiser procédures, priorités, critères.
    • Sur-communiquer objectifs et contraintes.
    • Être attentif au non-verbal (calme, posture, ton).
  • Forecasting failure (anticiper l’échec)
    • Calculer O₂ aller-retour + marge.
    • Planifier minute par minute en fenêtre météo serrée.
    • Évaluer les retards cumulés.
  • Reconfigurer l’environnement
    • Matériel toujours placé au même endroit.
    • Perfusions étiquetées/codées par couleurs.
    • Éclairage adapté et accès dégagé.
      👉 Le « 90 % invisible » qui rend l’intervention fluide.
  • Ancre cognitive

​ Toujours revenir à la question :

​ 👉 « What are we trying to achieve? »

​ → Séparer l’indispensable (need-to-have) du secondaire (nice-to-have).

  • Attributs clés à évaluer en simulation
      • Humilité
      • Ténacité
      • Créativité
      • Responsabilité

​👉 Intégrer ces critères humains aux grilles d’évaluation, pas seulement les gestes techniques.

2. Wildland Fire and Public Health

Dr Brian Drury

Dr Brian Drury a offert une présentation éclairante sur l’impact grandissant des feux de forêt sur la santé publique, un sujet particulièrement d’actualité avec l’augmentation de leur fréquence et de leur intensité partout au Canada et USA. Il a abordé non seulement les risques immédiats des feux (traumatismes, brûlures, intoxication par la fumée), mais aussi les conséquences à long terme de l’exposition à la fumée et aux particules fines (asthme, maladies respiratoires chroniques, effets cardiovasculaires).

Il a souligné que la fumée des feux ne respecte pas les frontières : des communautés éloignées, parfois situées à des centaines de kilomètres des foyers d’incendie, subissent des niveaux de pollution dangereux. Dans les régions isolées, ces impacts sont aggravés par le manque de ressources médicales, la difficulté d’évacuation et la vulnérabilité accrue des populations autochtones et des travailleurs exposés.

Brian a insisté sur la nécessité de renforcer la préparation en santé publique et en médecine en régions isolées : systèmes d’alerte, équipements de protection respiratoire adaptés, protocoles pour les évacuations de masse et interventions coordonnées entre services d’incendie, santé et sécurité civile.

Key Takeaways

  • 🔥 Les feux de forêt sont désormais un enjeu de santé publique majeur, dépassant largement le cadre de la gestion incendie.
  • 😷 La fumée est le principal risque pour la population : même à distance, elle affecte gravement la santé respiratoire et cardiovasculaire.
  • 🏞️ En milieux isolés, la préparation doit inclure des plans d’évacuation, des ressources médicales mobiles et une communication efficace entre intervenants.

3 mots-clés :

Fumée – Santé – Préparation

3. Physiology and Pathophysiology of Immersion

Dr. Neal Pollock

Dr Pollock a présenté les principaux mécanismes qui expliquent les syncopes, traumatismes pulmonaires et détresses respiratoires en apnée et en plongée technique. Son objectif : démonter les idées reçues, rappeler ce qui tue vraiment les plongeurs et proposer des règles simples pour l’éducation, le tri et la prise en charge en milieu isolé.

Résumé de la présentation

Apnée & hyperventilation

  • L’hyperventilation (« workout breathing », même si on change le mot) abaisse le CO₂.
  • Cela retarde l’« envie de respirer » mais supprime l’alarme de sécurité → syncope brutale, sans signe avant-coureur, surtout à la remontée quand la pression ambiante chute rapidement.
    👉 Exemple : un apnéiste qui se sent « bien » jusqu’à 5 m de la surface peut s’évanouir sans aucun signal.

Lung packing & empty-lung dives

  • « Gonfler » ou « vider » ses poumons volontairement sert parfois d’entraînement (simuler une profondeur plus grande).
  • Mais cela fragilise les tissus pulmonaires : micro-saignements visibles au larynx dès 10–20 m ; barotraumatismes possibles.
    👉 Utilisable uniquement sous supervision experte, pas pour l’entraînement amateur.

Squeeze pulmonaire (barotraumatisme lié à l’apnée profonde)

  • Plus la profondeur maximale atteinte est grande, plus l’apnéiste a eu d’épisodes de toux, sang, dyspnée.
  • Lésions visibles en imagerie mettent plusieurs semaines à guérir, et non 1–2 jours comme beaucoup le croient.
    👉 Exemple : un plongeur qui reprend trop tôt après un épisode peut déclencher une rupture pulmonaire fatale.

Règles d’or de sécurité en apnée

  • Ne jamais hyperventiler.
  • Une fois qu’on interrompt la descente, on ne redescend pas (évite les ruptures et syncopes).
  • Toujours s’entraîner sous supervision avec surveillance en surface.

Plongée technique / recycleur

  • Les recycleurs contrôlent O₂ et CO₂, mais exigent un équilibre délicat :
    • Trop d’O₂ = toxicité neurologique.
    • Pas assez = risque d’hypoxie.
    • CO₂ mal éliminé = ivresse et accident rapide.
      👉 Un mauvais réglage ou une défaillance technique est souvent fatal.

Œdème pulmonaire d’immersion (OPI / SIPE)

  • Symptômes : toux, dyspnée, crachats sanglants, crépitants → en quelques minutes sous l’eau.
  • Facteurs aggravants : immersion prolongée, eau froide, combinaison trop serrée, excès d’hydratation, effort violent, résistance respiratoire (ex. tuba étroit, recycleur).
    👉 Exemple : triathlète qui tousse sang et s’essouffle après quelques minutes de nage en eau froide = suspecter un OPI.

Prise en charge OPI/SIPE

  • Sortir de l’eau, repos, O₂.
  • Si disponible : CPAP ou ventilation à pression positive, bêta-agonistes, parfois diurétiques.
  • Explorer les facteurs cardiovasculaires quand possible (souvent un terrain favorisant).
  • Reprise éventuelle : seulement en eau chaude + après correction des facteurs de risque.

Hypothermie & froid

  • Vrai danger : froid incapacitant (mains gelées, incapacité à manipuler l’équipement).
  • Hypothermie systémique profonde est rare avec combinaison, même inondée (ex. plongée de 43 min en Antarctique avec combi percée = perte de seulement 0,3 °C).

Matériel grand public à risque

  • Masques intégraux mal conçus (« bubble helmets ») → réinhalation de CO₂, panique, décès.
    👉 Message clair : former, équiper correctement, éviter les gadgets.à
Key Takeaways (pour instructeurs SIRIUSMEDx)

Anti-hyperventilation : enseigner que même « respiration relaxante profonde » avant apnée = hyperventilation → syncope silencieuse, surtout en remontée.

Squeeze pulmonaire = repos prolongé : après hémoptysie ou signes respiratoires, prévoir semaines de repos, pas 24–48 h.

OPI/SIPE : penser tôt, traiter simple (sortir + O₂ + CPAP si possible), et cibler les facteurs (froid, combi serrée, effort excessif, surcharge hydrique).

3 mots-clés

Hyperventilation – Squeeze – OPI/SIPE

4. I’ve Got That Sinking Feeling: What Most People Don’t Know About Surviving a Vehicle Submersion

Dr. Gordon Giesbrecht

Dr Giesbrecht a démonté, preuves et vidéos à l’appui, les mythes tenaces sur les voitures qui tombent à l’eau, et a livré un protocole simple, opérationnalisable en 60 secondes. Message central : vous avez ~1 minute utile (phase de flottaison 30–120 s) pour sortir par une fenêtre, pas par une porte, et certainement pas en attendant les secours.

Résumé de la présentation 

  • Chronologie d’une submersion
    1. Flottaison (≈ 30–120 s) : l’eau n’a pas encore atteint toutes les vitres → ouvrir une vitre (électrique = fonctionne encore ~30 s).
    2. Enfoncement : l’eau dépasse les vitres, pression externe > interne → vitres/portes inouvrables.
    3. Submergé : la voiture est pleine d’eau, pressions égalisées → porte ouvrable… mais vous êtes probablement déjà en hypoxie.
  • Mythes corrigés
    • « Laisser l’habitacle se remplir puis ouvrir la porte » ❌ : trop tard.
    • « N’importe quel objet (boucle de ceinture, appuie-tête) brise une vitre » ❌ : souvent faux; vitres latérales laminées de plus en plus fréquentes (≈ 1/3 des véhicules) → imbrisables avec les outils grand public.
    • « Les vitres électriques ne marchent plus dans l’eau » ❌ : oui, au début (≈ 30 s), c’est votre fenêtre de sortie.
    • « On peut survivre dans la bulle d’air » ❌ : la plupart des véhicules coulent sans bulle exploitable.
  • Pourquoi ne pas ouvrir une porte ?
    Ouvrir une porte crée un afflux massif d’eau, accélère la coulée, claque la porte (piège doigts/bras), et condamne les autres passagers.
  • Enfants : ordre d’évacuation
    Plus âgé → plus jeune. Le grand peut être autonome (sortir, se tenir au véhicule), pendant que vous aidez le plus petit.
  • Outils de bris de vitre
    • Seulement si la vitre n’est pas laminée.
    • Emplacement : visible et atteignable (ex. suspendu au rétroviseur), pas dans la boîte à gants/porte/porte-clés (inaccessible sous stress).
    • Point d’impact : coin avant proche des charnières, pas le centre (la porte absorbe le choc).
  • Conduite en crue / chaussée inondée
    12–18 po (30–45 cm) d’eau suffisent à faire flotter une voiture et l’emporter avec le courant → ne pas s’engager.
  • Pourquoi les secours n’y changent rien
    Taux de mortalité des submersions de véhicules très élevé; aucun service ne peut vous atteindre en ≤ 1 min.
    Autorescue = seule chance.
Protocole terrain à enseigner (mnémotechnique SWOC)
  • Seatbelts — Ceintures : toutes débouclées tout de suite (d’abord l’adulte conducteur).
  • Windows — Vitres : ouvrir immédiatement une vitre latérale (électrique si possible).
  • Out — Dehors : sortir tout de suite par la vitre (ne pas toucher au téléphone).
  • Children first — Enfants d’abord : du plus grand au plus petit.

Rappel instructeurs : sortie par fenêtre, jamais par porte. Si bris nécessaire et vitre trempée (tempered) : frapper au coin avant près des charnières. Si vitre laminée : imbrisable → seule option réaliste = l’ouvrir tôt (électrique/manuelle) pendant la phase de flottaison.

Exemples d’application (simulation)
  • Scénario 60 s : véhicule dans lac — minute 0–0:15 : ceintures off; 0:15–0:30 : ouvrir vitre conducteur; 0:30–0:45 : plus grand enfant sort; 0:45–1:00 : plus jeune + adulte sortent. Débrief : qu’est-ce qui a coûté des secondes inutiles (téléphone, outils, tentatives de porte) ?
  • By-stander : crier « Ceintures–Vitres–Dehors–Enfants ! »; si proche de la rive, pousser/ tirer le véhicule vers l’eau peu profonde (différence entre 2,5 m et 1 m d’eau = survie).
 3 mots-clés

SWOC – Fenêtre – 60 second​es

Key takeaways
  • Votre seule fenêtre (de temps et de sortie) : la vitre latérale dans la première minute.
  • Ne jamais ouvrir une porte ; ne pas appeler avant d’être dehors.
  • Enseigner et automatiser SWOC en simulation courte, réaliste et répétée.

5. Delivering Care on K2 vs Everest

Dr. Christian Dean

Comparatif fascinant entre deux environnements extrêmes : Everest, avec son accès logistique, ses cliniques et ses hélicoptères, versus K2, plus exposé, isolé et sous contrainte militaire. Les contextes géopolitiques et culturels modifient directement la médecine d’expédition.

Key Takeaways pour les instructeurs :

  • Chaque terrain impose ses contraintes : logistique, politique, culture, météo. Les plans doivent être contextualisés.
  • Les expéditions médicales ne se limitent pas aux gestes cliniques : comprendre le système local est aussi vital que les médicaments.
  • K2 illustre la médecine de crise prolongée, où l’évacuation rapide n’est pas possible.

6. Advanced Problem-Solving and Improvisation

Dr Steve Roy

Résumé

Dr Steve Roy a exploré les stratégies pour décider et improviser quand l’information est partielle, les ressources limitées et le temps compté — soit le quotidien de la médecine en régions isolées. Il a distingué ambiguïté (on ne sait pas ce qui se passe) et incertitude (on ne sait pas ce qui va arriver) et a montré comment développer une expertise adaptative : aller au-delà de la répétition des protocoles pour appliquer les principes physiologiques et les transformer en solutions créatives.

Applications concrètes pour le Wilderness First Aid
  • Ambiguïté : inutile de différencier deux diagnostics si la conduite est identique → ex. douleur abdominale = repos + surveillance + évacuation, peu importe si c’est appendicite ou colique biliaire.
  • Décisions robustes : prévoir un kit/plan qui couvre plusieurs scénarios, même si improbable (hémorragie, réaction allergique, perte de conscience).
  • Échec récupérable vs irréversible : une attelle artisanale qui se défait = tolérable ; une hémorragie non contrôlée = non négociable.
  • Improvisation intelligente :
    • Substitution : sangle + bâton = tourniquet.
    • Soustraction : pas besoin de collet cervical si aucune valeur ajoutée → simplifier.
    • Reframing : au lieu de “trouver une voie IV coûte que coûte”, penser “comment perfuser autrement?” → liquides oraux, voie rectale, positionnement.
  • Préparer l’échec : chronométrer les étapes (T0, T+5…), anticiper météo, évaluer les pertes de temps cumulées.
3 mots-clés

Robustesse – Adaptation – Improvisation

Key Takeaways
  • Former les intervenants à tolérer l’incertitude et agir malgré l’ambiguïté.
  • Enseigner la logique des soins plutôt que seulement les protocoles.
  • Promouvoir l’expertise adaptative : solutions sûres, simples et robustes, même hors des sentiers battus.

7. Pre-Hospital Frostbite Care with Iloprost: Minimizing Warm Ischemia Time

Dr. Alex Poole

Dr. Poole a présenté les nouvelles pratiques canadiennes : administrer l’iloprost dès le terrain pour traiter les engelures sévères, comme récemment testé dans le Yukon. L’enjeu : réduire la période d’ischémie chaude (après réchauffement, mais avant traitement), qui réduit drastiquement les chances de sauvetage des tissus.

Message central

La gravité des gelures ne vient pas seulement du froid, mais surtout du dommage au réchauffement. Chaque heure perdue après avoir réchauffé un membre gelé réduit les chances de sauver les tissus.

L’objectif est donc d’agir vite et bien, même en région éloignée.

Explication en contexte de secourisme en milieu isolé

  1. Deux phases de la gelure
    • Congélation : peu de dommages, tissus potentiellement récupérables.
    • Réchauffement : apparition du syndrome d’ischémie-reperfusion (thromboses, vasoconstriction → destruction progressive des tissus).
    👉 Message pédagogique : La gelure n’est pas “finie” au moment du réchauffement. C’est là que tout commence et que l’on peut sauver ou perdre les tissus.
  2. L’iloprost comme traitement clé
    • Médicament qui agit comme un vasodilatateur ciblé.
    • Réduit la formation de caillots.
    • Protège les tissus en souffrance.
    👉 Application pratique en régions isolées :
    • Peut être administré dès la tente de contrôle, dans un hélicoptère, ou au poste infirmier.
    • Perfusion gardée au chaud (ex. dans un sac de couchage pendant le transport).
    • Tolérance généralement bonne, effets secondaires limités.
  3. Concept de “Warm Ischemia Time”
    • Chaque heure qui passe après le réchauffement sans traitement = perte de chances.
    • Études : jusqu’à 28 % de réduction de tissus sauvés par heure de délai.
    👉 Message pédagogique : en région isolée, ne pas attendre “l’hôpital” → commencer à traiter dès que possible sur le terrain.

Cas concrets présentés (à transposer en exercice pédagogique)

  • Athlète avec orteils grisâtres au point de contrôle → réchauffement dans bassine d’eau chaude, perfusion d’iloprost débutée dans la tente chauffée avant l’évacuation → récupération complète.
  • Autre athlète avec plus de retard → iloprost commencé 4 h après le réchauffement → récupération partielle seulement.

Applications pédagogiques pour la médecine en régions isolées

  • Enseigner la reconnaissance des signes précoces : doigts/orteils gris, engourdis, durs = gelure sévère.
  • Simuler le réchauffement sur le terrain : eau chaude 37–39°C, surveillance de la douleur.
  • Insister sur la rapidité de décision : ne pas laisser le patient repartir, évacuation prioritaire.
  • Former aux protocoles IV : savoir amorcer la perfusion dans une tente, un refuge, un poste éloigné.
  • Débriefing systématique : mettre en évidence le rôle de la logistique (avoir l’iloprost disponible et stocké), la cohésion d’équipe et la discipline face au froid.
Takeaways 

Réchauffer vite, mais bien (eau chaude contrôlée).

Commencer iloprost dès que possible après réchauffement – même sur le terrain.

Chaque heure compte : réduire le warm ischemia time.

Avoir un protocole clair et répété : les équipes agissent plus vite et sauvent plus de tissus.

3 mots-clés à retenir

Réchauffer – Traiter – Sauver


8. Don’t Touch That! Toxic and Venomous Creatures in the Canadian Wilderness

Dr. Lorri Beatty

Une conférence ludique et instructive sur les animaux venimeux au Canada : serpents (rattlesnakes), araignées (veuves noires), méduses (lion’s mane, Portuguese man-of-war), oursins et chenilles urticantes. L’accent était mis sur la reconnaissance, les gestes à éviter (tourniquet, succion, vinaigre, glace), et l’importance de travailler avec les centres antipoison.

1) Serpents (rattlesnakes) – Crotales de l’Ouest, des Prairies, Massasauga

Contexte Canada : présents en C.-B. intérieure, Alberta/Saskatchewan (Prairie), Ontario Sud (Massasauga). Antivenin stocké en centres “cache” (ex. Oliver BC, Medicine Hat/Lethbridge AB, Parry Sound ON).

Reconnaître (sans s’approcher)

  • Corps à motifs “camouflage”, tête triangulaire, sonnette (pas toujours visible/entendue).
  • NB : Plusieurs couleuvres imitent le motif → ne jamais manipuler.
Sur le terrain — FAIRE
  1. Immobiliser + surélever le membre mordu (éviter l’auto-déplacement).
  2. Retirer bagues/montres/chaussures serrées (œdème).
  3. Attelle lâche en position de confort.
  4. Marquer au feutre : bord de l’érythème/œdème + mesurer le périmètre au même endroit toutes les 15–30 min (deux petits traits au marqueur pour reposer le ruban au même point).
  5. Antalgie IV/IM (opioïdes si douleur importante). Liquides IV : parcimonieux.
  6. Photo du serpent si possible sans s’en approcher.
  7. Appeler Centre antipoison (donne le site le plus proche avec antivenin + aide à la décision).
  8. Évacuation assistée (éviter marche/effort qui accélèrent la diffusion).

Sur le terrain — NE PAS FAIRE

  • Garrot/tourniquet (aggrave les lésions).
  • Suction/incision, électrocution, alcool, glace (ischémie locale).
  • Bandage compressif “lymphatique” (utile en neurotoxines type Australie, pas au Canada → plus de nécrose).
  • AINS (théorique majoration du risque hémorragique).

À l’hôpital (pour contextualiser vos transmissions)

  • Surveillance rapprochée + bilan répété (NFS, TP/INR, fibrinogène, créat, CPK).
  • Indications d’antivenin (à discuter avec antipoison) : progression rapide de l’œdème/douleur, thrombopénie ou baisse du fibrinogène, manifestations systémiques.
  • Antivenins au Canada : Anavip® (demi-vie longue, moins de rebonds) vs CroFab® (demi-vie courte → redoses/biologie prolongée). Risque anaphylaxie + maladie sérique (infos au patient).
  • Fasciotomie très rare (se discute après doses maximales d’antivenin et pressions >25 mmHg persistantes).

Exemple concret (exercice)

« Sentier sec en vallée, patient mordu cheville, œdème qui monte au mollet en 30 min » → attelle, élévation, marquage/mesure 15 min, opioïde, pas d’AINS, appel antipoison, évacuation sans marche.

2) Araignées — Veuve noire (Ouest & Ontario)

  • Tableau : douleur crampiforme de (abdomen/dos), spasmes musculaires, sueurs, HTA/tachycardie, N/V. Les nécroses type “recluse” ne sont pas canadiennes.
  • Terrain : bois de chauffage, remises, piles de planches.

Terrain – FAIRE

  • Laver à l’eau, antalgiques (jusqu’à opioïdes si besoin), benzodiazépines si spasmes, appeler antipoison, évacuation si douleur diffuse/ATCD à risque (grossesse, âgé, comorbidités).

Antivenin : soulage en 30–60 min mais risque anaphylaxie/maladie sérique. À réserver aux formes sévères (douleur réfractaire, complication cardiovasculaire, menace obstétricale).

3) Cnidaire & “piqûres marines” — Méduses Lion’s Mane, Physalie (Man-of-War), oursins violets (Pacifique)

Mécanisme : nématocystes qui “tirent” des micro-harpons → toxines surtout cyto/hémotoxiques.

Terrain – Protocole simple (3D)

  1. Décontaminer : retirer délicatement tentacules (pince/gants/cuillère).
    Rincer abondamment à l’EAU DE MER (⚠️ pas d’eau douce avant déactivation).
  2. Désactiver les nématocystes :
    • Côte Est : pas de vinaigre (peut aggraver). Rincer eau de mer.
    • Côte Ouest : vinaigre parfois OK, mais si doute → rester eau de mer.
    • Lidocaïne topique liquide peut aider (si dispo) à désactiver + antalgie.
  3. Dénaturer la toxine : eau chaude 42–45 °C (douche/bain) 20–30 min (ou jusqu’à soulagement durable).

Oursin : retirer les épines (pince), eau chaude idem, tétanos à jour, surveiller surinfection.

4) Chenilles urticantes (Hickory tussock)

  • Tableau : dermite prurigineuse type “orties”.
  • Terrain – FAIRE : enlever les soies, laver, froid local léger (compresse), antihistaminique, hydrocortisone topique si dispo. Surveiller réaction systémique rare.

Éléments pédagogiques à entraîner (WFA/WFR/WEMT)

  • Algorithme “morsure de serpent” affiché dans le sac d’intervention.
  • Atelier marquage/mesure de l’œdème (ruban + Sharpie, répétition 15 min).
  • Jeu de rôle “appel antipoison” : savoir quoi transmettre (heure, site, progression, signes systémiques, photo).
  • Drill “3D méduses” avec faux tentacules et mise en place d’un bain chaud contrôlé.
  • Check-list trousse : pince/tweezers, feutre indélébile, ruban à mesurer, analgésiques, lidocaïne topique (plage), compresses, solution de rinçage eau de mer (bouteille remplie sur site).
À NE PAS OUBLIER (rappels rapides)
  • Ne courez pas après le serpent/araignée → photo à distance si sûre.
  • Pas de garrot, pas de glace, pas d’incision/suction, pas d’électrochoc.
  • Immobiliser + surélever > tout le reste.
  • Centre antipoison = allié n°1 (acheminement antivenin, dosage, suivi).
  • Antivenin utile mais non anodin → décision guidée par progression locale et anomalies hémato.
3 mots-clés

Immobiliser – Mesurer – Appeler

Key takeaways (opérationnels)
  • Serpents : immobilisation/élévation, marquer & mesurer toutes 15–30 min, antalgiques, pas d’AINS, appel antipoison + évac.
  • Veuve noire : douleur/spasmes → opioïdes + benzo, surveiller TA/FC; antivenin seulement si forme sévère.
  • Méduses/physalie/oursins : eau de mer (rinçage), pas d’eau douce au début, chaleur 42–45 °C 20–30 min, retirer épines/tentacules prudemment.
  • Enseignement : standardiser l’algo “serpent”, la fiche 3D méduses, et l’exercice marquage/mesure pour ancrer les bons gestes.

Conclusion

Au terme de cette conférence, on retient surtout la richesse et la complémentarité des présentations : chacune a offert des outils pratiques, des perspectives nouvelles et des messages directement transposables à notre réalité en régions isolées.


Transmettre C.L.A.I.R. ement
un nouveau modèle pour vos communications terrain