J’ai récemment lu un article de Jen Murphy dans Outside Magazine intitulé “The Surprising Cause of Hawaii’s Snorkeling Deaths” (avril 2025), et je dois avouer qu’il a piqué ma curiosité.
J’en avais entendu parler il y a quelque temps, notamment lors de la présentation du Dr Pollock à la conférence CAWM 2025, mais j’avais sous-estimé à quel point ce phénomène était fréquent et potentiellement fatal.
En tant que clinicien et instructeur, je connais bien le SIPE — Swimming-Induced Pulmonary Edema, ou œdème aigu du nageur — souvent observé chez les nageurs d’eau libre et les triathlètes.
Mais le ROPE (Rapid Onset Pulmonary Edema), son équivalent chez les adeptes de snorkeling, m’était beaucoup moins familier. Pourtant, les mécanismes sous-jacents sont remarquablement similaires… et tout aussi dangereux.
🫁 Le ROPE : une autre forme d’œdème pulmonaire d’effort
L’article d’Outside relate plusieurs décès survenus à Hawaï lors d’activités de snorkeling dans des conditions calmes, souvent sans signe de détresse. Ces cas, initialement classés comme noyades accidentelles, semblent en réalité causés par un œdème pulmonaire non cardiogénique (n'est pas causé par une insuffisance cardiaque).
Lorsqu’on respire à travers un tuba ou un masque intégral, la résistance inspiratoire augmente. Cette résistance crée une pression négative intrathoracique, favorisant le passage de liquide à travers la membrane alvéolo-capillaire.
Le résultat : une inondation pulmonaire rapide, une baisse de l’oxygénation et, en quelques secondes, la perte de conscience.
Selon une étude menée par le Hawaii Department of Health, le ROPE pourrait être aussi fréquent, voire plus, que les noyades causées par l’aspiration d’eau.
ROPE et SIPE : deux visages d’un même phénomène
Le ROPE et le SIPE partagent un mécanisme commun :
une combinaison de pression hydrostatique, d’effort respiratoire et de surcharge cardiaque transitoire qui provoque le passage du plasma dans les alvéoles.
| Facteur commun | Effet physiologique |
|---|---|
| Immersion | Redistribue le volume sanguin vers le thorax, augmentant la pression capillaire pulmonaire. |
| Effort ou résistance ventilatoire | Crée une pression négative favorisant la fuite de liquide. |
| Eau froide | Provoque une vasoconstriction systémique et une augmentation de la postcharge. |
| Prédispositions | Hypertension, cardiopathie, âge, manque d’acclimatation. |
Chez les triathlètes ou nageurs en eau libre, le SIPE survient souvent en début de course, dans l’eau froide, sous stress intense. L'Évolution clinique du SIPE est généralement favorable dès qu'on retire l'athlète de l'eau et qu'on enlève la combinaison, mais certains experts croient que le SIPE pourrait être relié aux rares décès qui surviennent lors de l'épreuve de nage au triathlon.
Chez les snorkelers, le ROPE peut frapper sans effort apparent, parfois après un vol long-courrier ou une immersion prolongée dans des eaux chaudes et calmes.
⚠️ Reconnaître les signes précoces
Les symptômes peuvent passer inaperçus jusqu’à la perte de conscience :
- Difficulté soudaine à inspirer malgré une eau calme ;
- Toux humide ou mousseuse ;
- Oppression thoracique ;
- Sensation d’étouffement sans aspiration d’eau ;
- Désorientation ou syncope.
Ce profil silencieux explique pourquoi tant de cas sont pris pour des noyades classiques.
Prévenir le ROPE : conseils pratiques et enseignements pour les instructeurs
Pour les intervenants en régions isolées ou les formateurs en milieu aquatique, ces éléments sont essentiels :
1. Sensibiliser les participants
Expliquer que le snorkeling n’est pas une activité passive : il exige une bonne condition physique et un apprentissage de la respiration.
2. Éviter le snorkeling après un vol prolongé
Attendre 24 à 48 heures après un vol long-courrier pour permettre au corps de se rééquilibrer.
3. Choisir un équipement à faible résistance
Préférer les tubas simples ; les masques intégraux, bien que confortables, augmentent la résistance et compliquent le retrait d’urgence.
4. Prévenir la déshydratation et le surmenage
Une hydratation adéquate et un rythme respiratoire lent réduisent la charge cardiorespiratoire.
5. Réagir rapidement en cas de symptômes
Sortir immédiatement de l’eau, asseoir la victime, administrer de l’oxygène si possible, surveiller la saturation, et envisager une évacuation médicale rapide.
En conclusion
Le ROPE du snorkeler et le SIPE du nageur rappellent à quel point l’immersion modifie la physiologie humaine.
Ces syndromes, encore sous-estimés, démontrent que l’eau calme n’est jamais synonyme de sécurité absolue.
Pour les instructeurs SIRIUSMEDx, c’est une occasion d’intégrer ces notions dans les formations sur les urgences aquatiques et respiratoires. Comprendre ces mécanismes, c’est mieux protéger les plongeurs, les nageurs… et tous ceux qui, un jour, croient simplement aller “voir les poissons”.